samedi 12 janvier 2013

Révolutionnaires, saké, les chevaliers du zodiaque et les joies du karaoké

Ce voyage a commencé par une leçon d'histoire et c'est avec une autre histoire qu'il touche à sa fin.
Au milieu du 19ème siècle, le Japon est forcé par la marine américaine de s'ouvrir sur l'occident. Le gouvernement de l'époque, appelé shogunat, sort affaibli de cet évènement et des courants politiques prônant le retour de l'empereur à la tête de l'état virent le jour. Cette période troublée appelée Bakumatsu dura de 1853 à 1868.
Un des acteurs principaux de la chute du shogunat mais aussi de la modernisation du Japon est Sakamoto Ryôma. Ce samouraï originaire de Kochi, dans l'île de Shikoku, fut tour à tour marchand, révolutionnaire et médiateur. Une série TV diffusée en 2010, Ryôma Den, retrace la vie et l'oeuvre de ce visionnaire, quasiment inconnu en occident.


Ce préambule historique était nécessaire car la première étape de ma journée d'aujourd'hui est l'auberge de Teradaya, à Fushimi dans le sud de Kyoto, qui fut témoin de 2 évènements clés de la révolution nippone. En 1862, des adeptes du mouvement Sonnô-Jôi ("révère l'empereur, repousse les barbares") y furent liquidés par la police secrète du shogunat. Ce mouvement patriotique était très en vogue dans la caste samouraï, surtout dans les provinces rebelles du sud de Tosa (d'où est originaire Sakamoto Ryôma) et de Satsuma (dans l'île de Kyushu). Ryôma en fit partie pendant quelques années. L'auberge de Teradaya appartenait au fief de Satsuma et Ryôma y logeait à chaque fois qu'il venait à Kyoto. En 1866, Ryôma échappa de justesse à une tentative d'assassinat dans cette même auberge.
Teradaya existe encore aujourd'hui et il est même possible d'y séjourner !
Je passe une bonne heure dans ce lieu chargé d'histoire avant de poursuivre ma ballade-découverte du quartier de Fushimi. Cet endroit est assez méconnu des touristes, qui se contentent d'aller visiter le site de Fushimi-Inari (où je vais me rendre cet après-midi) et encore, quand les nombreuses attractions touristiques du centre de Kyoto leur en laissent le temps. Ayant déjà passé 3 jours à Kyoto lors de mon précédent voyage, je peux aujourd'hui consacrer tout mon temps à Fushimi.
Ce quartier regorge de trésors cachés, mélange idéal entre temples et autres lieux touristiques et vie quotidienne mais traditionnelle nippone. Vu la taille de Fushimi, env. 5 km², je décide de ne pas m'arrêter pour déjeuner et achète des snacks dans une vieille boulangerie et une boucherie sympa où la propriétaire fait beaucoup d'efforts pour me parler en anglais et me décrit tout le contenu du magasin alors que je voulais juste des croquettes de pommes de terre...


Pour le japonais moyen, quand on lui parle de Fushimi, il pense tout de suite saké ! En effet, ce quartier, situé à l’extrémité sud de l'agglomération de Kyoto, est très réputé pour ses fabricants de saké, encore fort nombreux aujourd'hui. Quelques semaines avant notre départ, nous avons par hasard vu sur NHK World (l'équivalent nippon de TV5) un reportage sur un des plus vieux fabricants de saké de Fushimi, la brasserie Shotoku. Cette société sort de l'ordinaire à plusieurs points de vue : le chef brasseur est une femme et celle-ci a conçu dernièrement des bouteilles de saké au design très moderne, une bouteille différente pour chaque saison.
Je me rends sur place, achète le saké collection hiver 2012 et au culot demande si je peux rencontrer "madame le designer-brasseur". On me la présente et j'ai droit à une visite guidée de l'établissement pour moi tout seul ! C'est très intéressant, même si les termes techniques nippons de la production du saké m'échappent un peu. Fort heureusement, j'appelle mon cher téléphone Nokia à la rescousse et enregistre une bonne partie des explications. La miss Kumiko se fera un plaisir de tout me traduire :-).

Après cette visite très instructive, je continue en direction du nord-ouest jusqu'au temple de Jonangu, un site peu connu mais immense avec de très belles fresques. J'en profite pour engloutir mon déjeuner. La marche, ça donne faim !
Ca fait 3 heures que je suis à Fushimi, j'ai déjà fait plus de 5 km et n'ai même pas vu la moitié des attractions touristiques. Il va falloir que je change un peu mes plans, ça ne va pas être possible de tout faire à pied...
Je regarde le plan et repars plein est jusqu'à la gare la plus proche, Sumizome. Sur la carte, ça n'avait pas l'air d'être si loin, mais au final je marche pendant 3/4 d'heure...

Fort heureusement, le trajet est agréable et en chemin je découvre un très beau temple, même pas indiqué dans mon guide touristique ! Arrivé à Sumizome, je prends le train pour 3 stations, jusqu'à Fushimi-Inari. Sur place, je suis loin d'être tout seul, c'est la cohue ! On est samedi, début janvier, il doit encore y avoir une fête religieuse...
Ce site, dont le nom exact est Fushimi Inari-Taisha est un sanctuaire dédié aux Inari, la divinité shinto de l'agriculture, représentée par un renard. L'endroit est surtout connu pour ses Torii, les portes qui marquent l'entrée d'un sanctuaire shinto. D'habitude, on trouve une Torii à l'entrée c'est tout. Mais à Fushimi-Inari, toute la montagne environnante est littéralement envahie par ces portes, le site en compte plus de 10 000 ! Depuis la place principale, blindée de monde, je pars en randonnée dans un tunnel vermillon de portes Torii.
Les véritables croyants doivent se rendre dans les 20 petits sanctuaires parsemés à travers la montagne et y prier. Non seulement le circuit est très long mais on a l'impression de gravir un seul et immense escalier ! Je suis en train de faire l'ascension du sanctuaire d'Athéna dans les chevaliers du zodiaque (clin d'oeil pour les fans de manga ;-)).

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Ce site est très impressionnant, mais après 2 heures à monter et descendre la montagne sacrée, j'en ai ras les genoux de Fushimi-Inari !
Après m'être faufilé dans la jungle humaine toujours aussi dense sur la place principale du sanctuaire, je m'échappe de cette marée humaine.


Je veux reprendre le train à Fujinomori, 2 stations plus au sud et repartir pour Osaka. En chemin, je visite quelques temples, dont un au jardin très intéressant avec pas loin d'une cinquantaine de statues de bouddha en pierre aux mimiques bien marrantes.
Quand j'arrive enfin à Fujinomori, je suis complètement cassé et un café juste à côté de la gare est le bienvenue pour faire une petite pause avant de prendre le train. Il est 16h30 et je n'avais pas l'intention de manger, mais une délicieuse odeur de curry me chatouillant les narines, je ne résiste pas et commande un Katsu-Kare-Teishoku (formule curry-escalope pannée) qui s'avère être excellent !


Ayant un peu rechargé les batteries, je repars en train pour Osaka, plus précisément pour Tengachaya, mon quartier fétiche ! Chez Ten, mon Izakaya (bar-resto) de prédilection, je retrouve les habitués de l'endroit, dont Deguchi-San, un japonais très intéressant qui travaille à Sakai chez un fabricant de vélos, une des industries phares de la ville. Après avoir bien mangé et bien bu chez Ten, nous allons
dans un bar-karaoké. D'habitude, je suis pas très fan de ce genre d'endroit, mais celui-ci est sympa, avec une ambiance "cosy". Après quelques verres, je rentre accompagné par le japonais qui chante dans la vidéo ci-dessous. Il était censé me ramener mais au final il est tellement beurré que c'est moi qui le mets dans son train ;-).

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mercredi 9 janvier 2013

Honshu nous revoilà et Minô la belle


Une silhouette métallique qui couvre l'horizon et un ciel aux teintes rouges-orangées, c'est le spectacle que nous avons la chance d'admirer du pont supérieur du ferry City Line. Cet ouvrage gigantesque relie Awajishima à Honshu, l'île principale de l'archipel nippon.
8h30, débarquement au port d'Osaka. Nous passons à la gare d'Umeda pour déposer nos sacs dans une consigne puis repartons une nouvelle fois sur le réseau ferroviaire Hankyu. Pour commencer, nous retournons à Minô. Cette fois-ci nous y arrivons tôt (10 heures) et allons pouvoir explorer à loisir ce merveilleux endroit, sous un ciel radieux !

Le sentier qui longe la rivière en contrebas pendant env. 3 km est le chemin habituellement emprunté par les touristes. Mais Minô a beaucoup plus à offrir aux amateurs de nature. Toute la montagne est en effet sillonnée de chemins et une exploration complète du site prendrait 1 très grande journée voire plus. Nous nous baladons sur plusieurs des sentiers côté montagne avant de rejoindre le chemin principal le long de la rivière.
En fond de vallée, une très belle chute d'eau marque la fin du circuit. Elle n'est pas forcément très haute mais s'intègre parfaitement dans le paysage. Nous déjeunons en admirant la vue avant de repartir en empruntant le chemin de l'autre rive. Ce côté là est encore sauvage et surtout nous y sommes les seuls touristes car s'il on en croit les panneaux d'avertissement ce sentier est dangereux. En fait, le seul "danger" est que les barrières qui nous séparent de la rivière ne sont pas présentes partout. Mon dieu, j'ai peur ;-) !

Depuis cette rive, nous pouvons voir plusieurs anciennes ryokan (hôtel traditionnel) bâties directement au bord de l'eau. Elles auraient besoin d'un sérieux coup de peinture mais le cadre est tout de même exceptionnel ! Un peu plus loin, nous tombons sur une vieille maison transformée en un musée-bibliothèque et sponsorisée par le patron d'une des plus grandes chaînes de sushis du Japon.
Un monsieur en train de s'occuper du jardin nous aborde et commence à raconter à Kumiko à quoi sert ce bâtiment. Il est super bavard et au final nous allons rester y plus d'une heure ! Mais bon, l'endroit est intéressant, avec entre autres de nombreuses calligraphies de toute beauté. Pendant que Kumiko écoute patiemment le monsieur papoter, je me ballade et fais des photos :-).
Ensuite, visite d'un beau temple le long de la rivière puis retour à la gare de Minô.

Juste à côté des rails, on y trouve un petit magasin qui permet de prendre des bains de pieds. C'est bien marrant de lire le journal les pieds dans l'eau ;-). Les petons bien relaxés, nous reprenons le train en direction du sud, jusqu'à l'arrêt Juso, un vieux quartier que Kumiko a toujours voulu visiter. Près de la gare, nous mangeons dans un snack un succulent plat d'Udon (pâtes très larges à base de farine de blé) faisons un tour dans un temple afin d'assister à la fête religieuse consacrée à Ebisu, la divinité shinto de la prospérité.
Après avoir prié pour devenir plein de thunes en 2013, nous nous promenons dans ce quartier très animé et plein de magasins traditionnels, dont un marchand de sucreries nippones qui semble être resté figé dans les années 50.

mardi 8 janvier 2013

Duraibu, l'artisanat nippon et le chemin du retour

Autant le japonais est une langue assez simple à prononcer, autant l'écrire c'est une véritable sinécure ! Il ne faut pas apprendre 1 alphabet mais 3... L'un des alphabets syllabiques, appelé Katakana, est utilisé principalement pour redonner les mots étrangers. Vu qu'en japonais un certain nombre de sons présents dans les langues européennes n'existent pas (par ex. le "r" roulé ou "gn" comme dans "compagnon"), les mots en katakana sont des approximations plus ou moins fidèles.
Le raison de ce préambule linguistique : aujourd'hui au programme "duraibu" (= drive = conduire), un mot "anglo-nippon" qui signifie faire 1 tour en voiture. Le mari de Kimiko va en effet nous servir de chauffeur et de guide touristique pour ce dernier jour à Kyushu. Le "voyage dans le voyage" arrive en effet à sa fin, nous reprenons ce soir le bateau pour Osaka.
Après avoir ramené les vélos chez Hikaru, c'est parti pour le duraibu ! Tout d'abord nous déjeunons près d'un Onsen dans un resto "all you can eat" (buffet) qui ne propose que des produits locaux. Tout est très bon, mais comme d'habitude dans ce genre d'endroit, on mange beaucoup trop, sous prétexte que c'est un forfait. Une ballade digestive s'impose !
A proximité du resto se trouve une sorte d'écomusée où plusieurs pavillons, consacrés chacun à un artisanat ou un art, sont répartis dans un immense parc. Tout est très intéressant, mon préféré un mini-musée consacré à un artiste qui crée des tableaux mélangeant peinture traditionnelle et herbiers. Le résultat est bluffant (mais j'ai pas fait de photo...) !
Ensuite, dans une ville avoisinante, nous visitons l'atelier d'un fabricant d'éventails et pouvons assister à toutes les étapes de leur création. Un monsieur nous parle du maître-artisant qui a fondé cette société tout en faisant une démonstration de découpe des éventails. Comme dans tous les métiers manuels, il faut de nombreuses années avant de maîtriser parfaitement toutes les techniques. Ce monsieur exerce depuis plus de 10 ans mais estime que comparé à son maître, il est encore très malhabile. Il me paraît bien adroit comparé à ce que je ferais aux pauvres éventails si j'étais à sa place ;-).

Après cette visite très instructive, nous visitons un grand temple dans la montagne puis une sorte de plateau avec des bâtiments d'architecture coréenne.
Ensuite, notre chauffeur nous dépose à l'arrêt de bus près de l'autoroute et l'heure est aux adieux. Sniff ! Toute la famille de Kumiko était très accueillante, sympa et qu'est-ce qu'on a bien mangé ! Je devrais leur demander d'ouvrir une pension histoire que j'y passe quelques mois à perfectionner mon japonais en savourant de bons petits plats ;-).
2 heures de bus plus tard, nous sommes de retour à Kokura. Cette fois-ci, le timing est un peu juste, nous avons juste 1 petite heure avant de reprendre un autre bus à destination du port de Shin-Moji. Nous restons donc aux environs de la gare. A 18h40, une navette nous emmène au terminal du ferry. Après avoir pris nos quartiers dans un des dortoirs, nous dinons tranquillement dans la salle commune. Au menu 1 Katsu-Sando (sandwich avec escalope pannée) énorme avec plus de viande que de pain :-) et Chu-hai.


lundi 7 janvier 2013

Découvertes cyclopèdes, bains de pied et dernière bouffe


Kyushu est la troisième île du Japon par sa taille. Son nom signifie "9 provinces". Nous nous trouvons actuellement dans l'une d'elle, la préfecture de Kumamoto, située au centre de l'île. Cette préfecture est très agricole et malgré la présence du plus grand volcan de l'île, on y trouve aussi de grands espaces plats où l'on peut voir à perte de vue, chose très rare au Japon.
Aujourd'hui, nous allons explorer le coin d'une autre façon, à vélo ! De notre hôtel, nous partons à pied chez Hikaru qui nous prête les anciens vélos de ses enfants. Ce sont des vieux tromblons, super lourds, je sens qu'on va en baver !
Il y a quelques années encore, les villages et petites villes du coin étaient desservies par un tramway, qui allait même jusqu'à la capitale de la préfecture, Kumamoto City. Malheureusement, cette ligne est aujourd'hui désaffectée. Pour une fois, les pouvoirs publics ont été intelligents et ont reconvertis le parcours en une piste cyclable longue d'une cinquantaine de kilomètres. Ca fait trop du bien de se balader à vélo le long de petites rivières et de se dépenser physiquement, après les gueuletons à répétition des derniers jours !
Notre destination, la ville de Yamaga, située à 10-12 km de chez Hikaru. Le trajet est à peu près plat mais vu le poids de nos engins et le vent qui nous souffle dans la courge, on se fait les muscles !

Ces dernières années, en raison de l'exode rural qui touche aussi le Japon, de nombreuses petites communes se sont regroupées. La ville de Yamaga est une des ses "villes nouvelles". Le coeur de la cité est toutefois très ancien avec de nombreuses rues bordées de vieux bâtiments.
Outre plusieurs temples, on y trouve une source d'eau chaude à ciel ouvert où l'on peut prendre des bains de pied. C'est bien agréable après les kilomètres à vélo ! Un peu plus au nord se trouve un vieux théâtre de Kabuki. J'ai bien envie de le visiter mais à 5€ l'entrée, sans représentation, ca fait un peu cher et nous préférons investir la somme dans notre déjeuner :-).

En plein centre-ville, un ancien Onsen (centre thermal) a été rénové dans le même style que les anciens bâtiments et accueille également une sorte de marché aux produits locaux. Nous y achetons du riz aux légumes marinés et des oeufs cuits dans du thé et de la sauce soja, ainsi qu'en dessert des Yamaga-Yokan, sortes de crêpes fondantes fourrées à l'anko (pâte de haricots rouges sucrés).
Nous savourons tout ça dans une salle de repos très confortable dans le bâtiment principal de l'onsen.
Ayant repris des forces, nous réenfourchons nos vélos et repartons à l'hôtel. Nous y arrivons vers 16 heures, prenons un long bain relaxant et matons la TV nippone en buvant du thé vert.
A 18 heures, le mari de Kimiko, une des cousines, vient nous chercher. Ce soir, nous dînons chez eux. Il nous parle un peu de son séjour au Costa Rica puis le festin commence ! Deux plats sont particulièrement succulents : basashi (carpaccio de cheval) et kara-age faits maison (nuggets de poulet à l'ail et au saké). Les kara-age de Kimiko sont trop trop bons et je boulotte la moitié du plat à moi tout seul ;-).


dimanche 6 janvier 2013

Merveilles volcaniques, bains et nouveau festin familial

Vain dieu que j'ai bien dormi ! Je ne sais pas si c'est le calme de l'hôtel, les bains à répétition ou la beuverie d'hier soir, mais j'ai roupillé comme un bébé !
Histoire de bien commencer la journée, premier bain du matin, dans le bassin extérieur à admirer les montagnes. A 10h, Hikaru et sa femme Kyoko viennent nous chercher et nous partons ensemble pour Aso, le grand volcan de la région.
En chemin, nous nous arrêtons dans un resto de Takana-Meshi, spécialité de la région à base de riz et de plantes des montagnes. C'est succulent et l'atmosphère du resto est vraiment unique, tout en bois avec des babioles accrochées partout. Bien repus, nous repartons dans les montagnes, jusqu'à départ du téléphérique d'Aso.
Nous garons la voiture et parcourons à pied le chemin qui nous sépare des premiers cratères. En effet, tout comme l'Etna en Sicile, ce volcan se compose de plusieurs cratères, certains déjà éteints, d'autres bien vivants ! Cet endroit est vraiment magique, un mélange de paysages lunaires et de falaises tout droit sorties d'un western spaghetti.
D'imposantes colonnes de fumée s'échappent du bassin aux couleurs verdâtres du cratère principal. Le volcan Aso est encore très actif, la dernière éruption ayant eu lieu il y a une dizaine d'années, faisant plusieurs morts par asphyxie. Depuis, des capteurs installés tout autour du cratère mesurent en permanence la composition de l'air et un système de feux informe de la qualité de celui-ci.
30 minutes après notre arrivée, les feux passent tout à coup à l'orange, puis au rouge. Les gardes chargés de la surveillance font alors évacuer le site. Et ce n'est pas de la rigolade, l'air est vraiment chargé en souffre et tout le monde se met à tousser. Nous nous empressons de redescendre, l'air redevenant normalement respirable dès que nous nous éloignons du cratère.
De retour à la voiture, nous repartons dans la vallée. En chemin, nous faisons halte à la source d'un fleuve dont j'ai oublié le nom ;-). Pas loin de là, nouvelle pause, dans un Onsen que connaissent le cousin de Kumiko et sa femme. L'établissement comprend un sauna et plusieurs bassins dont 1 extérieur avec une vue magnifique sur le mont Nekodake.


Après une heure de relaxation, nous rentrons chez Hikaru et Kyoko où cette dernière prépare un de mes plats nippons favoris, le Sukiyaki. Nous dinons en compagnie de leur fille, de leur fils et de sa petite famille. Leur petit fils, Sora (ciel en japonais), est bien marrant et pas du tout timide. A 4 ans, il a des goûts déjà bien prononcés et assez particuliers pour son âge : il aime les sashimis (poisson cru) et le natto (haricots de soja fermentés) qu'il mange en buvant du café au lait ;-).
Comme hier, le diner est bien arrosé, je sens que je vais bien dormir :-).

samedi 5 janvier 2013

Señor Fukusuke et la béatitude thermale

Il est 6h30, j'ai super mal dormi et viens d'être réveillé par un voix de crécelle qui raconte ce que la cafétéria offre comme petit déjeuner... Le coussin fourni dans le dortoir doit être en béton, j'ai l'impression d'avoir 1 méchant torticolis et mon voisin de chambrée a ronflé tout la nuit. Kumiko a bien sûr dormi comme un loir. Grrrr....

Après un bain requinquant et une petite ballade à l'extérieur, nous prenons le petit déjeuner sur le pont supérieur. A 8h30, arrivée à Shin-Moji, un des ports de la préfecture Kita-Kyushu (nord de Kyushu en japonais). Dès notre descente du bateau, nous prenons pendant 40 min. un bus jusqu'à Kokura, la ville la plus proche.
Ayant plus de 3 heures à tuer avant de poursuivre notre route, nous partons à la découverte de Kokura. Au premier abord, cette cité n'a pas franchement de charme et ressemble à toutes les autres petites villes nippones. A 10 min. à pied de la gare se trouvent le château de Kokura et son parc avec plusieurs temples. L'endroit est très agréable, le château impressionnant, mais comme souvent il faudra retoucher les photos avec Photoshop pour effacer l'immonde centre commercial en arrière-plan :-(.
Ensuite, nous nous baladons dans des galeries marchandes vieillottes où nous achetons notre déjeuner (viande pannée et croquettes de patate douce avec du riz aux légumes de la montagne). A proximité de la gare, nous découvrons plusieurs snacks aux menus intéressants, si nous avons le temps nous y mangerons au retour :-).
A midi, départ en bus pour notre destination finale, près de la ville de Yamaga. Le trajet dure 2 heures durant lesquels nous piquons un somme digestatoire ;-).
14h15, arrivée à notre terminus où un des cousins de Kumiko, Hikaru, est venu nous chercher. Il nous emmène jusqu'à notre hôtel avec en chemin quelques haltes pour aller dire bonjour aux oncles, tantes, cousins et cousines de Kumiko. Son père était originaire de la région et vu qu'il avait 6 frères et soeurs, il nous faut près de 90 minutes pour arriver à l'hôtel :-).
Pour les 3 nuits à venir, nous allons coucher dans un Ryokan, un hôtel traditionnel nippon, bâti sur une source d'eau chaude et faisant donc également office d'Onsen (centre thermal). En raison de la présence sur l'île de Kyushu de deux volcans en activité, Aso au nord et Sakurajima au sud, les sources d'eau chaude et donc les Onsen sont omniprésents.
L'hôtel est correct, mais a déjà connu des jours meilleurs. Par contre, notre chambre est très spacieuse (12 tatamis, soit env. 20 m²) et les bains de la source d'eau chaude sont excellents, donc au final bilan positif :-). Après un bain très relaxant dans une eau très sulfurée (Aka-Yu = eau rouge), nous repartons en compagnie du cousin de Kumiko pour aller rejoindre le reste de la famille dans un Izakaya, un bar-resto.
A table, nous sommes 14 personnes, tous de la famille de Kumiko. L'alcool coule à flot (forfait all you can drink :-)) et nous faisons moulte ripaille. Le mari d'une de ses cousines est très sympa et parle bien anglais et espagnol. Il était ingénieur agronome et a passé récemment 2 ans au Costa Rica comme volontaire d'une ONG (organisation non gouvernementale). Il passe son temps à m'appeler Señor Fukusuke en me servant du saké chaud (Atsukan).
Un peu éméchés et plus que rassasiés, nous rentrons à l'hôtel, prenons encore un dernier bain, cette fois-ci avec de l'eau "normale" (Shiro-Yu = eau blanche), puis nous écroulons sur les futons.

vendredi 4 janvier 2013

La rolls des RER, marathon religieux et au revoir Honshu


Le réseau de transports en commun d'Osaka et des métropoles limitrophes Kyoto, Kobe et Nara est très dense et complexe. Outre un métro, une ligne circulaire (loop line) de l'ancien monopoliste Japan Railway, la ville d'Osaka est également desservie par plusieurs compagnies ferroviaires privées qui relient Osaka à ses quartiers périphériques et aux villes environnantes. La plus ancienne de ces sociétés privées est la Hankyu Corporation qui dessert principalement le nord d'Osaka. Les lignes Hankyu sont réputées pour leur confort, tout en restant parmi les moins chères de toute la région.

Quand elle était petite, Kumiko habitait à Takarazuka, ville située à 30 km au nord-ouest d'Osaka, sur la plus ancienne ligne du réseau Hankyu. Cette cité est la ville natale du plus grand dessinateur de mangas nippon Tezuka Ozamu (Astro Boy, Le Roi Lion) et aussi connue pour la "revue Takarazuka", un ensemble théâtral composé uniquement de femmes. Cette revue a été créée par le fondateur de la société Hankyu Corporation.
Avant de prendre ce soir le bateau en direction de l'île de Kyushu, nous allons passer la journée à sillonner les lignes du réseau Hankyu, profitant d'une offre de début d'année qui permet avec 1 simple ticket à la journée (5€) de recevoir en plus des petits cadeaux à caractère religieux disséminés dans plusieurs temples du secteur.
Nous commençons notre pèlerinage par le Mondo Yakujin, un temple présentant des particularités intéressantes, entre autres une fresque au style un peu manga qui lui donne un aspect plus "moderne". Le cadeau Hankyu du site : 1 flèche bénie, objet traditionnel de Oshogatsu.

Ensuite, nous nous rendons à Kyoshikôjin, un des sites religieux les plus connus de la région d'Osaka. Kumiko ayant habité pas loin, elle s'y rend au moins 1 fois à chaque passage au Japon. C'est immense avec un long chemin montagneux bordé d'étales de vendeurs d’encens, de babioles et bien sûr de bouffe :-). Cette fois-ci, le cadeau est un peu plus "utile", il s'agit d'une paire de baguettes assez jolies.

Enfin, pour finir notre "trilogie des temples", nous allons à Naka-Yamadera, où nous pouvons admirer une pièce contenant une quantité impressionnante de statues de bouddha.

Vu qu'il nous encore un peu de temps, nous reprenons le train pour Minô, une petite ville à flanc de montagne. A deux pas de la gare débute un sentier qui s'étend sur plusieurs kilomètres, le long d'une ruisseau. C'est un véritable oasis de verdure, très reposant. La nuit commençant à tomber, nous n'avons pas le temps de tout voir, mais nous essayerons d'y revenir à notre retour de Kyushu.

Nous quittons ensuite les lignes Hankyu et récupérons nos bagages laissés dans une consigne à Umeda, la gare centrale d'Osaka. De là, nous prenons le métro jusqu'au port où nous attend notre ferry, le "City Line". J'aime beaucoup voyager en bateau au Japon, c'est le moyen de transport le moins cher (100€ aller/retour pour Osaka/Kyushu) et le plus reposant : on prend le bateau le soir et arrive le lendemain matin à destination, économisant ainsi une nuit d'hôtel.
Après avoir préparé notre "lit", en fait un matelas sur tatamis dans une sorte de dortoir avec 10 autres personnes, nous passons la soirée dans la salle commune à regarder un dessin animé de Myazaki Hayao en buvant du Chu-Hai et en boulottant des gâteaux de riz nippons :-).

mercredi 2 janvier 2013

Plongeon dans le passé nippon, Nara


Au cours de son histoire tourmentée, le Japon a connu de nombreuses capitales, les plus connues étant Kyoto et Tokyo (anciennement Edo). Toutefois, la première capitale fixe du Japon fut la ville de Nara, que je vais visiter aujourd'hui. L'ère de Nara fut courte (710-784) mais représente une étape majeure dans l'unification et la stabilisation du pays. Contrairement aux anciennes capitales qui ne duraient que le temps d'un seul monarque, Nara apporta la stabilité au royaume nippon en pleine formation. Cette époque est également marquée par l'introduction au Japon du bouddhisme via la Chine et la Corée.

Après 1h30 de trajet, j'arrive en gare de Nara. Il est 9h30 et à part quelques touristes russes, les rues sont quasiment vides. La grande majorité des monuments touristiques de la ville se trouvent dans le Nara-Koen, un immense parc qui sert également de refuge à plusieurs centaines de cerfs, animal sacré de la cité. Au départ, c'est marrant de les voir se balader sur les chemins, être nourris par les touristes (ils adorent les Sembe, gâteaux de riz très craquants). Mais on en a rapidement marre de les repousser quand ils fouillent dans les poches à la recherche de nourriture ou d'éviter leurs déjections omniprésentes. S'ils continuent de me saouler, je vais me faire un civet de cerf sacré de Nara !

A part ce petit désagrément animal, le parc est très intéressant, avec de nombreux temples, tous plus imposants les uns que les autres, en pleine nature. Le nord-est du parc est particulièrement sauvage, on oublie rapidement qu'on se trouve en ville, on a plutôt l'impression de faire une randonnée en montagne !
Après avoir contemplé le panorama magnifique qu'offre le temple Nigatsudo, je continue mon chemin en direction du temple principal de la ville, Kusaga-Taisha, réputé pour ses lanternes.
Vu que nous sommes en plein dans les festivités de début d'année (Oshogatsu), je suis loin d'être tout seul, des centaines de nippons en pleine ferveur viennent s'assurer la protection divine pour 2013 et comme d'habitude je fais le circuit à l'envers et doit donc nager à contre-courant dans la foule... Dans ces conditions, c'est impossible d'apprécier l'endroit, pourtant joli. Je fuis donc le flux humain de Kusaga-Taisha pour me refugier sur le chemin aux lanternes où je suis pratiquement tout seul !

De là, je me balade en direction du sud, traversant un forêt très touffue puis sors du parc pour visiter un peu le quartier alentour, non dénué d'intérêt avec ses vieilles maisons bien conservées et ses temples que je peux apprécier au calme, vu que je suis tout seul, les autres étant amassés comme des sardines près du temple pour le salut de leur âme :-).
Ensuite, retour dans le parc et balade sur le chemin du retour. Entre le parc et la gare il n'y a pas grand chose à voir, donc je ne m'attarde pas et reprend le train pour Tennoji (sud d'Osaka).
Vu qu'il est encore assez tôt, je me balade à proximité du zoo puis rentre à la casa, bien fatigué par tant de kilomètres à pied. A force ça n'use pas que les souliers :-).

mardi 1 janvier 2013

Oshogatsu

Le Japon n'ayant pas de tradition chrétienne, noel n'y a aucune signification religieuse. La véritable fête religieuse de cette période de l'année est "Oshogatsu", le 31.12 et les 3 premiers jours de la nouvelle année. C'est l'occasion pour les japonais de se réunir en famille et de se rendre dans le temple shinto ou bouddhiste de leur quartier pour prier et exprimer leurs souhaits (de bonheur, richesse, santé, etc...) pour la nouvelle année. Bien sûr c'est aussi l'occasion de bien manger et bien boire.


Le 31.12, c'est une soirée de recueillement, on mange sobrement, la plupart du temps des sobas (nouilles de sarrasin), comme une sorte de semi-jeûne avant les festivités du lendemain. Le 01.01, le plat traditionnel est Osechi, un assortiment de petits plats, tous conçus pour se conserver plusieurs jours. Cette tradition remonte à l'époque où les réfrigérateurs n'existaient pas et où il fallait pouvoir conserver les aliments jusqu'à la fin des festivités, période durant laquelle tous les magasins étaient fermés.

Kumiko n'est pas du tout religieuse mais par contre sa maman est à fond dedans, même si sa religiosité ressemble à mon avis beaucoup plus à de la superstition qu'à une véritable ferveur. Nous nous sommes rendus ensemble au temple le plus proche afin d'acheter un nouveau ofudan (papier béni par les moines) pour le butsudan (un sanctuaire religieux qui ressemble à une armoire placé dans une pièce pour honorer les personnes disparues de la famille) de la maison et de brûler celui de l'année précédente. Ceci permet de faire le deuil de l'année passée et de recevoir une nouvelle bénédiction pour celle à venir.
Cette visite de début d'année est également l'occasion de recevoir son "horoscope", le Mikuji. On prend un batonnet dans un cylindre en bois. Chaque batonnet est numéroté et correspond à un horoscope précis, classé de "reste couché toute l'année" à "t'as tiré le gros lot". Si l'on en croit mon augure nippon, j'ai intérêt à faire gaffe en 2013... Sur ce, je vais me coucher ;-).